Un nouveau meuble pour la bibliothèque historique du lycée Gabriel Faure

Meuble de la Description de l'Egypte

Après avoir achevé l’archivage des livres de la bibliothèque historique en 2010, l’association Sauvegarde du Patrimoine du lycée Gabriel Faure avait conçu un nouveau projet pour ce lieu : la réalisation d’un meuble destiné à recevoir la Description de l’Egypte. Le financement de ce projet s’est fait par souscription.

C’est pour présenter ce  meuble et le magnifique ouvrage qu’il va abriter que les personnes, grâce auxquelles ce projet a pu aboutir, ont été conviées le jeudi 18 avril.

Il s’agit d’un meuble de style Empire en noyer massif, il a la structure d’un meuble bas avec deux vantaux, entre deux pilastres à chapiteaux et embases en bronze.
Les portes, à moulures de cuivre, ouvrent sur neuf tablettes montées sur coulisses mécaniques invisibles.

Dans le plateau est inséré un lutrin (cuir vert) dont l’inclinaison est modulable.
La teinte extérieure du meuble est en « noyer moyen », brun soutenu, et l’intérieur jaune doré pour contraster avec la couleur externe et rappeler l’usage du bois de citronnier dans les intérieurs du meuble.
La finition est cirée afin de s’intégrer aux boiseries de la bibliothèque.

Après la prise de parole de Madame Mari-Carmen Palanca présidente de l’association et de Madame Marie Romero proviseur, Monsieur Yves Jocteur-Montrozier (conservateur des imprimés anciens de la Bibliothèque Municipale de Lyon) nous a  présenté cet ouvrage majeur du début du XIXe siècle que l’on a pu comparer par son ampleur à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et que la bibliothèque historique du lycée Gabriel Faure a la chance de posséder. Pour finir Monsieur Denis Leynier, ébéniste, a donné des explications sur les contraintes (style, bois, couleur…) imposées par la fabrication de ce meuble exceptionnel.

Pour la petite histoire, on peut rappeler que, parmi les anciens élèves du lycée, Charles François de Chanaleilles (1767-1846) fut membre de la commission scientifique chargée d’explorer et de conserver les antiquités et les monuments d’art durant la campagne d’Egypte (cf. « CH.-F. de Chanaleilles (1767-1846) Elève de l’Ecole Royale Militaire de Tournon »  G. Montagnon-Peyron, Journal de Tournon, mai-juin 1968).

« Une des plus belles réussites de l’édition française au 19e siècle ». Le seul point de comparaison est l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Même travail sur de longues années, même entreprise collaborative au milieu de nombreuses difficultés, même résultat spectaculaire.

Le 19 mai 1798, l’Orient (navire amiral) et 300 navires appareillent pour une destination inconnue. A bord avec les troupes, près de 200 savants, géomètres, ingénieurs géographes, médecins, naturalistes, dessinateurs, sculpteurs, etc. La moyenne d’âge est de 25 ans. (Le benjamin n’a que 15 ans). Le but géographique a été soigneusement tenu secret. A Malte, la destination est annoncée : cap sur l’Egypte.

La campagne d’Egypte, commencée en 1798, voit le départ de Bonaparte en août 1799 (qui rentre en France avec quelques savants : Berthollet, Monge, Denon), remplacé en Egypte par Kléber (assassiné le 14 juin 1800), et se termine par la capitulation du corps expéditionnaire le 31 août 1801.

Mais dès novembre 1799, est émise l’idée d’un vaste ouvrage collectif et Fourier, secrétaire perpétuel de l’Institut d’Egypte est désigné pour en être le maître d’œuvre. En 1802, changement : une commission de 8 personnes est chargée de la publication. Fourier, quoique préfet de l’Isère, est désigné pour composer le discours préliminaire (future préface). Tous les savants remettront en mars 1802 les travaux à publier. La mise en route nécessite 80 graveurs, l’invention de nouveaux procédés pour la mise en couleurs, le perfectionnement des papiers vélins d’une grandeur exceptionnelle et des presses d’une dimension inusitée. L’ingénieur Conté crée une machine perfectionnée pour les dégradations uniformes et les teintes uniformes, utiles pour tracer les ciels, les fonds et les formes d’architecture. La machine permet une économie des frais de gravures et d’emploi du temps. Des ciels dégradés d’1 mètre sont réalisés en 3 ou 4 jours, il aurait fallu 8 mois à la main.

Dès 1803, le travail se déroule au Louvre, à raison d’une centaine de gravures par an. Les travaux dureront 23 ans avec beaucoup de vicissitudes. La première tranche paraît en 1809 sous formes de livraisons (en feuilles) qui offrent un échantillonnage des 3 parties : Antiquités (avant la conquête musulmane), Etat moderne (de la conquête musulmane à la fin du XVIIIe siècle), Histoire naturelle. La cadence est régulière jusqu’en 1814. Louis xviii continuant, fait exceptionnel, l’œuvre de son prédécesseur, accorde son patronage et ordonne d’y inclure la grande carte de l’Egypte (sous scellés depuis 1808 pour des raisons stratégiques).

Le tirage qui était de 2000 au départ est alors réduit pour des raisons d’économie à 500. C’est finalement à Charles x que Jomard, le directeur de la publication, présente les dernières planches, en 1826. Le gouvernement préfère alors financer ses propres entreprises : l’expédition scientifique de Morée.

Il y aura en tout 10 volumes de planches, 9 volumes de texte et un atlas (variation selon les reliures). Les planches ont un format exceptionnel : « Eléphant » 108 cm, « Grand Monde » (113 cm), « Grande Egypte (135 x 70cm) ». D’où la nécessité de fabriquer un papier spécial. L’ensemble coûte très cher. En 1820, une (seconde) édition publiée par l’éditeur Panckoucke de format plus réduit est lancée, elle se terminera en même temps que l’originale et la concurrencera durement.

Jamais un pays n’a été étudié dans ses détails comme l’Egypte de Bonaparte. Les ouvrages réalisés sont si encombrants que, fait exceptionnel, il a fallu souvent un meuble spécial pour les abriter. Les gouvernements successifs ont envoyé des exemplaires à tous les souverains d’Europe, mais aussi aux grandes bibliothèques, et à certains lycées. L’ouvrage valait très cher et certains exemplaires étaient mis en couleurs à la main (6.000 francs de supplément).

On a dit avec raison que la Description de l’Egypte est le plus bel hommage qui ait été rendu par une civilisation à une autre.

Présentation

Préface de Fourier. Joseph Fourier, mathématicien, habile négociateur. En Egypte, il est chargé de la rédaction du Courrier d’Egypte, il est également secrétaire de l’Institut d’Egypte. Préfet à Grenoble, il trouve dans cette ville Don Raphaël de Monachis, un moine copte, mais surtout les deux frères Champollion Jacques Joseph Champollion-Figeac, et son frère Jean-François, le futur découvreur des hiéroglyphes. Ceux-ci l’aident dans son travail de documentation. Fourier fait de nombreux aller et retour à Paris. Dans la préface, Fourier révèle la grandeur de la civilisation antique et fait un éloge du colonialisme éclairé de Napoléon. En 1809, il présente son travail à Napoléon qui annote à de nombreuses reprises et demande des modifications, notamment pour ménager l’Eglise catholique, et l’éloge de Kléber. L’ensemble représente 42 pages in-folio.

Préface de Fourier - Description de l'Egypte

Le Ramesseum : Vue intérieure en couleurs du Ramesseum. Temple funéraire de Ramsès II, situé à Thèbes « aux cent portes ». On y célébrait le renouvellement de l’essence divine du Pharaon. Sur 10 ha c’était le temple le plus majestueux de l’Egypte. La vue montre sur les parois les différentes scènes du livre des morts Egyptien. La mise en couleurs demandait le passage de plusieurs plaques de cuivre avec des couleurs différentes. Travail très délicat.

Vue intérieure en couleurs du Ramesseum

L’Aigle d’Egypte et le serpent du Nil. La description en est donnée par Geoffroy Saint-Hilaire, un des 12 professeurs du Muséum d’Histoire naturelle de Paris. C’est un anatomiste, ami puis adversaire de Cuvier. Accompagné de pêcheurs et de chasseurs, il parvient à rassembler la totalité des poissons du Nil, décrit les crocodiles et certains mammifères. Les dessins pour ces deux pages sont de Jacques Barraban, dessinateur spécialisé en zoologie, qui finira sa carrière comme professeur de fleurs aux Beaux-arts de Lyon. Il est célèbre pour ses illustrations des œuvres de Levaillant, « Histoire naturelle des perroquets », « Histoire naturelle des oiseaux de paradis ». Ses dessins originaux d’oiseaux sont très recherchés et valent très cher.

Aigle d'Egypte

Sources principales :

Napoléon et l’imprimerie. Description de l’Egypte, bilan scientifique d’une expédition militaire par Yves Laissus, 1973
Description de l’Egypte, pref. de Gérard Dacier, Ed. A Guillot, 1966